FIGAROVOX/TRIBUNE- A l’occasion de la  » journée internationale pour les droits des femmes « , Fatiha Boudjalat interpelle ceux qui présentent les femmes voilées comme des figures du féminisme.

Fatiha Boudjahlat est cofondatrice de Viv(r)e la République, et secrétaire Nationale du MRC en charge de l’Education.

Soyons fous… parlons des droits des femmes… le lendemain de la journée internationale des droits des femmes. Il s’agit de rappeler l’urgence et l’actualité du combat des femmes pour leur émancipation individuelle et collective, pour leur égalité en droits et en dignité. Et pourtant fleurissent des images de femmes voilées comme des figures du féminisme. L’offensive passe par le dévoiement du féminisme. Il y aurait donc des féminismes, au moins deux, un occidental, propre aux femmes blanches, et un pour les femmes en orient et pour les femmes orientales d’ici. Ce féminisme-ci s’accommoderait parfaitement du voilement.

 


Il serait temps de réaliser que durant les visites officielles,

les femmes d’État sont comme les anges : elles n’ont pas de sexe.


 

L’enjeu est de faire de l’universalité du combat politique du féminisme un particularisme ethno-centré propre aux blancs. Il nous faut donc réaffirmer l’universalité des droits des femmes. Il ne peut y a voir un patriarcat qui serait acceptable parce que de culture orientale et un patriarcat intolérable parce qu’il serait le fait des blancs. Il suffit de juxtaposer ces photos des femmes ministres et Première Ministre, qui avaient moqué Trump entouré de son staff WASP signant, entre mâles blancs, le décret coupant les financements fédéraux aux ONG informant sur les méthodes de contraception et l’avortement. Les mêmes, si bravaches face à Trump et au patriarcat blanc, obséquieuses durant une visite officielle en Iran, soumises au patriarcat oriental. Peut-on retenir l’argument du « A Rome, fais comme les Romain(e)s »? On se souvient de Marine Le Pen orchestrant cet happening féministe en refusant de se voiler pour rencontrer le grand mufti à Beyrouth, alors que la visite avait été organisée de sa propre initiative. Il serait temps de réaliser que durant les visites officielles, les femmes d’État sont comme les anges: elles n’ont pas de sexe. Elles ne sont pas là en tant que femmes, mais en tant que représentantes officielles de leurs pays. Michelle Obama a prouvé qu’on pouvait ne pas se voiler sans provoquer d’incident diplomatique. Mais l’obséquiosité vient en fait souvent au secours de la faiblesse. Cette soumission est un choix. Le choix que font les bourgeoises-pénitentes d’Occident voulant ménager les susceptibilités des « bons sauvages ». C’est de l’orientalisme à l’envers.
Non seulement Facebook a substitué une « journée de la célébration de la femme » à la véritable journée internationale des droits des femmes (on croirait entendre résonner des bribes de parole de Julio Iglesias, célébrons donc ses …charmes), mais voici le premier réseau social du monde mettant à l’honneur une iconographie représentant 3 femmes voilées, avec différents types de voilement mis en équivalence, et une non-voilée, clairement occidentale. C’est ainsi que l’on crée une figure iconique de la femme voilée, jusqu’à faire de cet instrument d’aliénation de la femme un signe d’émancipation, empowerment en anglais, comme sur cette pancarte fièrement portée par une manifestante se battant pour le droit des autres, ces fameuses femmes différentes parce que orientales, à se voiler.
Cette figure iconique essentialise la femme orientale sur une pratique religieuse que l’on veut faire passer pour une ontologie culturelle. L’extrême-gauche se saisit de cette figure, en niant la caution qu’ils apportent ainsi au patriarcat oriental.

 


Le hijab s’accommode fort bien du consumérisme occidental,

il permet même de se dispenser de kit main-libre en glissant

son smartphone sur son foulard.


 

Le hijab est un choix. Un choix contraint, notamment parce qu’il est le fruit d’une alternative entre le vice et la vertu, entre la trahison des siens et la fidélité à son identité culturelle, ethnique, religieuse. Alternative fausse, mais opératoire. Le hijab est compatible avec les études, avec l’exercice d’un métier, il s’accommode fort bien du consumérisme occidental, il permet même de se dispenser de kit main-libre en glissant son smartphone sur son foulard. Mais ce dernier borne l’horizon. « Les murs sont avant tout tes murs. Ils peuvent reculer devant tes pas mais ta liberté même reste une enceinte si tu ne sors pas de toi-même » écrivait Hervé Bazin, dans La tête contre les murs.
Le hijab obère l’émancipation individuelle et collective des femmes. Il vient rappeler que la femme a une place, un espace assigné et circonscrit par l’homme. Que productive, autonome, même gagnant bien sa vie, elle relèvera toujours d’une catégorie infériorisée en droits, les femmes. D’où la nécessité que le voilement commence à un jeune âge, pour qu’ainsi il devienne la nouvelle normalité, puis la nouvelle norme. Le voilement infériorise les femmes en droits et en dignité. Même lorsqu’elles marchent à Washington contre le patriarcat blanc, ne trouvant rien à redire à son pendant oriental.