Naëm Bestandji est un militant laïque et féministe, il fut longtemps travailleur socio-culturel auprès des enfants et ados des quartiers populaires. Il a également participé au développement du mouvement « Ni Putes Ni Soumises » à ses débuts, dont il a créé et présidé le comité de l’Isère.
Historien de formation, il a travaillé sur les thèmes: « histoire des femmes », « histoire de la laïcité » et surtout sur « l’islam radical et les femmes ». Sa double culture (français d’origine tunisienne), son vécu personnel, son expérience professionnelle puis militante, sa formation en Histoire, ainsi que ses recherches et réflexions l’ont amené à agir aujourd’hui avec sa plume pour contribuer à informer et sensibiliser ses concitoyens sur les dangers de l’intégrisme religieux, et de l’islam politique en particulier.
Nous avons publié ici son enquête minutieuse et argumentée sur le CCIF, en cinq volets, ses références, ses méthodes et ses objectifs. Nous vous proposons aujourd’hui le fruit de son expertise sur l’irruption de l’Islamisme dans le paysage politique français, et en particulier lors des dernières élections législatives. Ce second volet a été publié initialement le 23 juin 2017, nous vous en souhaitons bonne lecture.

 

Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique, 2de partie — Naëm Bestandji

Les élections législatives sont un moment clé de la vie démocratique. Les citoyens s’expriment par les urnes en choisissant leurs représentants à l’Assemblée Nationale. Les députés ont pour rôle, entre autres, de contrôler le gouvernement ainsi que proposer et voter les futures lois. Ce sont donc des élections de choix pour les islamistes politiques qui n’ont jamais présenté autant de candidats que cette année.

Dans la 1ère partie, j’avais évoqué les candidatures islamistes individuelles à travers quelques exemples. Mais elles ne représentent pas la majorité de cette extrême droite. La plupart d’entre elles ont été regroupées au sein de partis qu’ils ont créés.

Le Parti Égalité et Justice (PEJ), né en janvier 2015, est celui qui a présenté le plus de candidats. 52 prétendants à la députation répartis dans 28 départements (l’est de la France, en région parisienne et quelques-uns dans le sud-ouest).Il a pour vocation de rassembler les citoyens rejetés, oubliés, délaissés, par les partis politiques ordinaires en proposant une vision politique différente car notre pays refuse les différences culturelles(1). Ce populisme assumé s’adresse évidemment aux musulmans. La « vision politique différente » étant d’ajouter l’islam dans leur vision et de faire accepter l’intégrisme au nom du respect des cultures « différentes ». Les islamistes considèrent que seule l’acceptation de leurs revendications religieuses sera considérée comme une acceptation des « différences culturelles ». Ce parti islamiste, fidèle à l’idéologie des Frères musulmans, a bien compris l’importance de la politique dans l’atteinte de ses objectifs religieux : C’est à l’Assemblée Nationale, au Sénat, dans les Conseils Régionaux, Conseils Cantonaux, Municipaux, que notre avenir, l’avenir de nos enfants se discute (2).

Son site et sa profession de foi ne laissent pas apparaitre la religion en tant que telle et déroulent tous les thèmes classiques d’un parti politique traditionnel. Sa page officielle affiche même en tête de gondole une citation littéraire de Victor Hugo. Ses candidats n’ont de cesse de déclarer à la presse que leur parti n’est pas confessionnel et que ses portes sont ouvertes à tous. Ils revendiquent « une laïcité telle que définie en 1905 » (3). Voilà pour la vitrine. L’arrière-cour est tout autre. La vitrine laisse parfois l’entre-apercevoir. Comme sur son site officiel où, noyées parmi l’ensemble de leurs constats et propositions, on trouve leurs principales motivations, à propos notamment du développement spectaculaire et extrêmement dangereux de l’islamophobie. Puis un peu plus loin : La rhétorique islamophobe est reprise par tous les acteurs politiques français et européens. Le PEJ se pose ensuite comme défenseur de la vraie laïcité. Car d’après lui, la laïcité serait devenue un outil juridique d’exclusion et il y aurait un certain nombre de lois antimusulmanes sous prétexte de laïcité ou de protection envers les femmes. Il propose donc un « moratoire » (c’est à dire la suspension) de la loi de 1905 et de la modifier de fond en comble… Autrement dit, les islamistes se présentent comme de simples musulmans. La lutte contre l’intégrisme serait une rhétorique anti-musulmane reprise par tous les politiques. La laïcité protégeant, au moins dans l’enceinte de l’école, les jeunes filles de l’intégrisme du voile serait une exclusion des musulmans en général. Les lois de 2004 (interdiction des signes religieux à l’école) et 2010 (interdiction du voile intégral) seraient antimusulmanes. Un peu plus loin, le PEJ considère le voile comme une liberté et non pas comme un symbole sexiste. Il serait donc « intolérable que le pays des Droits de l’Homme impose des lois sans consulter au préalable ces dernières ». Ces dernières, les femmes et fillettes voilées, qu’ils ont pris soin de convaincre par un prosélytisme forcené de se voiler sous peine d’être impudique, mauvaise musulmane, et d’aller brûler en enfer. Les  » Droits de l’Homme » ont bon dos. Avec de telles déclarations, le PEJ ne peut que gonfler les rangs de ceux qui ont peur de l’islam. Mais dans l’inversion habituelle des rôles chez les islamistes, « l’islamophobie » serait d’après lui carrément « encouragée directement par les États » européens. Rien que ça. Rien de surprenant qu’il rejette alors sur cette même page officielle l’idée d’un islam de France et qu’il prône une société multiculturelle pour l’épanouissement de leur radicalité. Mais le président du parti assure malgré tout que le PEJ n’est pas un parti musulman (4)…

Ainsi, la laïcité serait bafouée. Seuls les intégristes musulmans seraient les défenseurs de la vraie laïcité, au point de vouloir modifier la loi de 1905… La gauche et la droite laïques, la France et les États européens seraient racistes. Pour ne plus être accusé de cela, il faudrait se plier aux revendications islamistes pour le « vivre (dans leur) ensemble ». Leurs programmes, comme leurs actions militantes, sont bien un discours teinté de gauche enveloppé dans une idéologie d’extrême droite.

Ce qui est aussi le cas pour leur conception de la famille où, évidemment, seule leur vision compte. L’existence de familles homoparentales leur est insupportable. Au point de considérer, toujours sur leur page officielle, leur simple existence comme un « diktat » dont les enfants devraient être protégés. « L’islamophobie » (la libre critique d’une idéologie et la lutte contre ses intégristes), non. L’homophobie (le rejet d’êtres humains), oui. C’est ce que le PEJ appelle « le bien vivre ensemble », élément de langage que nous retrouvons souvent dans ses discours.

Tout comme leurs collègues intégristes catholiques, ils souhaitent valider la rumeur qu’une « théorie du genre » serait enseignée à l’école. Une théorie qui tendrait, comme il est écrit sur le site du parti, à nier toutes différences physiologiques et psychologiques entre les hommes et les femmes. Ce mensonge classique est là pour protéger leur vision patriarcale des rapports hommes-femmes qu’ils n’hésitent pas à nommer… « égalité des hommes et des femmes ». Comme je l’ai souvent expliqué, les Frères musulmans aiment à reprendre nos valeurs et nos références pour les redéfinir à leur sauce afin de mieux les retourner contre la République. Le PEJ est parmi ceux qui vont le plus loin en reprenant l’idéal du féminisme. Et il le fait allègrement. « Égalité des hommes et des femmes » est cité à plusieurs reprises sur son site qui lui sert de vitrine. Mais même là, on peut voir transpirer son sexisme, comme vu plus haut, mais aussi par le plus visible : la composition de sa liste électorale. Car un parti qui prétend défendre l’égalité des sexes et la République n’aura aucun mal, et même sera ravi, de présenter un nombre égal d’hommes et de femmes aux élections, par souci d’égalité des sexes et du respect de la loi républicaine en matière électorale. Combien y-a-t-il eu de femmes sur leurs 52 candidats ? Seulement 10, soit 19%… Nous sommes non seulement bien loin de « l’égalité des hommes et des femmes » dont le parti déroule l’expression tout au long de son programme, mais nous sommes aussi bien loin du respect de la loi et des règles électorales en la matière. L’égalité des sexes version islamiste n’est pas celle de la version républicaine et universaliste.

Les déclarations des candidats dans la presse lèvent aussi une partie du voile. Comme lorsqu’ils parlent de « défendre des vraies valeurs de société » (5). Le terme des « valeurs », que les autres n’auraient pas, revient régulièrement dans leurs déclarations. Quelles seraient les « vraies valeurs » et quelles seraient les fausses ? Il semble que les valeurs de notre pays ne leur conviennent pas et que le PEJ donne un aperçu des « vraies valeurs » sur son site officiel. Et encore, ce n’est que la vitrine… Ce n’est pas surprenant. La notion de « valeurs islamiques » devant s’imposer à la société a été gravée dans le marbre par les Frères musulmans. En 1936, la confrérie avait rédigé les « 50 demandes des Frères musulmans ». Un programme rétrograde et intégriste qui n’avait rien à envier au nazisme dont les points communs sont très nombreux. Une de ses demandes est que les activités du gouvernement doivent être soumises aux valeurs et préceptes de l’islam (…).

L’attitude victimaire, identitaire, communautariste et religieuse du « Parti Égalité et Justice » n’a rien d’étonnant. Il est la version française du « Parti de la justice et du développement » (AKP), le parti islamiste turc dont j’ai abordé la vision de la démocratie dans la 1ère partie de cet article. Plusieurs cadres du parti ont aussi des responsabilités au sein de la Cojep (Conseil pour la justice, l’égalité et la paix). Cette organisation internationale turque travaille en étroite collaboration avec l’AKP. Les ressemblances de leurs dénominations ne sont donc pas un hasard. Leurs stratégies et objectifs au niveau national et européen sont ainsi très similaires.

Tout comme l’AKP, le PEJ propose officiellement un programme politique consensuel pour séduire un large public, avec une dose de populisme et de valeurs religieuses. Comme l’avait fait Erdogan. Le Parti Communiste ne s’y trompe pas. Pierre Laurent, secrétaire général du PC, a envoyé une lettre au ministère de l’Intérieur pour signaler son inquiétude de l’existence d’un tel parti et lui demander la plus grande vigilance car il s’agit sans aucun doute de la part du président Erdogan et de son parti l’AKP de peser sur les orientations de notre politique internationale, en particulier vis-à-vis du régime turc qui verse à pas accélérés dans la dictature. La même stratégie a été utilisée aux Pays-Bas ; il faut y mettre un terme (6).

Étant un parti de l’extrême droite islamiste, le PEJ est officiellement soutenu par la CRI (Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie), un mouvement concurrent du CCIF (7), qui n’y voit aucun problème. Pour en avoir une petite idée, le président de la CRI, Abdelaziz Chaambi, est l’un des fondateurs du mouvement des Indigènes de la République. Il est aussi le co-fondateur des éditions Tawhid. Cette maison d’édition bien connue des islamistes publie les ouvrages des Frères musulmans. Tariq et Hani Ramadan sont en bonne place dans la maison. C’est aussi chez Tawhid qu’on peut encore trouver le livre ultra misogyne et homophobe de Youssef Al-Qaradhawi « Le licite et l’illicite en islam ». Par ses ouvrages, cette maison d’édition a fortement contribué au prosélytisme de l’intégrisme musulman en France. Son rôle est important dans le chemin vers le « libre choix » du voile et du communautarisme.

Le PEJ mène ainsi une offensive décomplexée contre la République en chassant les voix des musulmans pour promouvoir le communautarisme tout en clamant que le parti est ouvert à tous, en luttant contre l’égalité des sexes et la laïcité tout en s’en prétendant le défenseur, en refusant les valeurs de notre pays au profit des « vraies valeurs » tout en prétendant défendre les valeurs républicaines, en usant la carte victimaire jusqu’à la corde pour cliver la société et répondre à son désir du « bien vivre ensemble ». Entre vitrine et arrière-cours, c’est la stratégie habituelle des Frères musulmans.

L’existence des partis islamistes n’est pas nouvelle. Le premier à avoir été moins confidentiel est l’UDMF (Union des Démocrates Musulmans Français), fondée en 2012. Pour ces élections, il a présenté 3 candidatures réparties dans l’Essonne, en Seine et Marne et dans les Hauts-de-Seine.

Le choix de son nom n’est pas anodin. Là encore, la religiosité et le communautarisme sont au cœur de son engagement politique. L’UDMF le reconnait d’ailleurs sur son site : « la politique est un devoir sacré et spirituel ». Il a aussi choisi cette dénomination pour se rapprocher de celle des Démocrates Chrétiens, afin de légitimer une comparaison qui lui serait favorable. Son logo intègre à la fois le tricolore du drapeau français et le croissant de l’islam. Le mélange entre religion et politique est affiché jusque dans son logo, tout en continuant bien-sûr à prôner la laïcité.

 

 

 

Comme les autres partis islamistes, l’UDMF ne cesse d’alterner entre affichage républicain, « laïque » et démocrate ; et les revendications et positions intégristes qui sont noyées dans l’ensemble de son programme et ses propositions (8).

Comme les autres, il déroule toute la panoplie victimaire et communautariste avec une vision politique et rétrograde de l’islam sous couvert de « vivre ensemble ». On peut ainsi trouver au milieu d’un texte, toujours sur son site officiel : « [celles] qui se voilent par pudeur et [celles] qui se découvrent par conviction ». Le voile étant comme toujours une norme de pudeur (les femmes non voilées sont impudiques), mais le dévoilement devient un acte de conviction. Là aussi, la lutte contre l’intégrisme est à leurs yeux une lutte contre les musulmans et un dévoiement de la laïcité. Ces islamistes s’en prétendent aussi les défenseurs tout comme ils se prétendent les garants de l’émancipation des femmes… dans le respect d’un minimum de patriarcat et de dissimulation de leur corps honteux si prompt à exciter la libido des hommes, bien entendu.

L’UDMF dénonce justement la mauvaise image de l’islam concernant les femmes… tout en l’entretenant. De par les éléments évoqués plus haut, mais aussi par sa justification à travers la réponse à une question sur son site :

L’Islam, contrairement à ce que l’on sous-entend aujourd’hui, est venu libérer la femme de la position dégradante dans laquelle elle se trouvait avant son avènement. (…) De nombreux droits lui avaient été octroyés comme ceux de demander librement la main d’un homme, de s’exprimer en public, de travailler et même, à l’inverse des autres religions monothéistes, de demander le divorce.

L’UDMF a raison (sachant toutefois que c’est Khadija qui a librement demandé la main de Mahomet, avant qu’il ne déclare être le Messager de Dieu, donc avant la naissance de l’islam. Ce qui démontre que c’était déjà possible, même si ce n’était sans doute pas courant). Mais c’était il y a 1500 ans dans des tribus bédouines en plein désert arabique. Les islamistes clament toujours l’histoire des débuts de l’islam pour démontrer, à juste titre, que cette religion a été une énorme avancée pour les droits des femmes. En comparaison, les européens étaient encore à l’âge de pierre dans ce domaine. L’UDMF précise d’ailleurs que c’est ce qui correspond aux fondements même de la religion musulmane. Mais comme les intégristes sont littéralistes, ils considèrent ces avancées comme suffisantes encore aujourd’hui. En quoi « demander la main d’un homme » serait surprenant en France de nos jours ? Devrions-nous nous extasier parce que les femmes ont le droit de travailler, de demander le divorce, et même de… s’exprimer en public ? Ce qui était donc un progrès au 7ème siècle, serait un recul au 21ème si on l’utilisait encore comme référence. Voilà à quoi correspond « l’émancipation de la femme » par l’UDMF : le Moyen-Age. C’est une différence fondamentale avec les musulmans modernistes. Si pour les islamistes, les fondements même de la religion musulmane correspondent à une application mimétique et littéraliste, les modernistes considèrent que c’est l’esprit de l’émancipation qui prévaut. Autrement dit, l’islam devrait toujours avancer vers plus d’égalité selon la société dans laquelle se trouvent ses fidèles. Or, les islamistes proposent à l’inverse de faire reculer la société et d’aller à l’encontre de l’esprit du message originel pour coller coûte que coûte à la lettre du coran.

Mais là encore, pour un parti qui refuse l’étiquette d’être rétrograde, la parité n’est pas respectée. C’est le moins qu’on puisse dire : aucune femme n’a été présentée comme candidate. Une seule est suppléante, Sandra Fourastié. Les partis traditionnels sont aussi en infraction pour la plupart, mais pas de façon aussi énorme que les partis islamistes et sans passer leur temps à déclamer qu’ils ont des « valeurs » ou une « éthique » que les autres n’auraient pas. Ce qui est un autre point commun avec le Front National.

Sandra Fourastié n’a pas été la candidate mais la suppléante d’un candidat. Or, c’est elle qui a été mise en avant par le parti. Au point de faire croire qu’elle a réellement été la candidate. Cette stratégie des Frères musulmans est courante. Ils ont compris depuis longtemps qu’il n’y a rien de mieux pour lutter contre l’égalité des sexes que de mettre des femmes en avant. Le voile, comme je l’ai démontré dans plusieurs de mes articles, est le cheval de Troie de leur stratégie. Au-delà d’être le symbole du sexisme, c’est une arme politique qui doit leur permettre d’avancer. Tout ceci a rendu évidente l’idée de mettre Sandra Fourastié en lumière.

Rompue à la technique islamiste de détournement de nos concepts et d’inversion des rôles, elle n’hésite pas à s’afficher voilée sur une de ses affiches de campagne avec pour texte : « Affirmer toute sa place au sein de la République, une priorité pour combattre les extrêmes qui minent notre cohésion nationale ». Afficher le symbole du sexisme et de l’extrémisme, et le voile créant d’office un apartheid sexuel, tout en déclarant vouloir combattre l’extrémisme et défendre la cohésion nationale à travers un parti politique islamiste, il fallait oser.

 

 

 

Cette affiche a évidemment engendré des réactions. Celles des militants laïques et féministes universalistes défendant les valeurs républicaines, tout de suite mélangées, comme toujours, avec les réactions de la fachosphère qui en profite systématiquement pour pointer l’ensemble des musulmans. Une nouvelle preuve que, loin de lutter contre le « racisme » (l’islam n’est pas une race et Sandra Fourastié n’est pas victime de discriminations en raison de ses origines ou sa couleur de peau), les islamistes politiques entretiennent et développent au contraire l’extrême droite traditionnelle. Car il est évident que l’existence de tels partis politiques et l’affichage de telles idées ne peuvent que faire peur à la population et en jeter une partie dans les bras du FN.

Évidemment, les islamistes n’ont pas manqué de prendre sa défense. Le site Oumma.com par exemple, à qui elle a logiquement accordé un entretien, décrit cette candidate comme une jeune femme portant un voile doré aux reflets soyeux (le sexisme aux couleurs attrayantes serait plus acceptable). Elle porte fièrement les couleurs éclatantes de son parti « laïc et non religieux » et néanmoins riche de son « éthique musulmane » (9). On retrouve ici la rhétorique de la branche juridique des Frères musulmans en France, le CCIF, et qui est aussi utilisée par la totalité des candidats islamistes : leurs partis politiques ont choisi une dénomination religieuse identifiant l’islam (le « Parti égalité et justice » est une exception mais sa dénomination rappelle celle des partis islamistes turcs et marocains), leurs actions sont teintées, voire totalement remplies de religiosité, mais ils affirment être laïques et non religieux. Or, par définition, des croyants s’investissant en politique au nom de leur foi, mêlant politique et religion, sont bien l’antithèse de la laïcité qui prône la séparation du politique et du religieux. Se prétendre « laïc et non religieux » tout en clamant partout utiliser une « éthique musulmane » et en se présentant de plus voilée, le symbole même de l’islamisme politique, là aussi il fallait oser. Rien d’étonnant alors à ce que cet article, qui expose les motivations politiques de cette candidate, déroule à longueur de lignes « l’islamophobie » dans leur confusion et renversement des rôles habituels.

Comme tous les Frères musulmans de France, L’UDMF, ce parti politique « laïque et non religieux », est ravi de participer activement et officiellement à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) organisée chaque année au Bourget par les chefs de file des Frères musulmans dans notre pays, l’UOIF (10).

Rien d’étonnant alors à ce que la politique internationale du parti, affichée sur son site, se limite à la lutte contre « l’islamophobie » en Europe et, bien-sûr, à la Palestine.

A la question « pourquoi un parti pour les musulmans de France ? », l’UDMF répond qu’il apporte ses propres valeurs (dont nous avons eu un aperçu) et une éthique. Cette « éthique musulmane » également évoquée par Sandra Fourastié, est au cœur d’un autre parti islamiste qui la martèle constamment, « Français ET Musulmans » (F&M).

J’ai été « séduit » par la radicalité et les contradictions assumées de F&M, dont certaines propositions surprennent et certaines déclarations font froid dans le dos. Je l’aborderai donc dans une 3ème et dernière partie.

 

(1) http://parti-egalite-justice.fr/

(2) Ibid

(3) Le Parti égalité justice a investi trois candidats, http://www.lyonne.fr/auxerre/politique/legislatives-2017/2017/05/04/le-parti-egalite-justice-a-investi-trois-candidats_12388527.html

(4) Ibid

(5) Ibid

(6) Erdogan s’invite en France pour les législatives françaises. Le PCF dénonce, http://www.humanite.fr/erdogan-sinvite-en-france-pour-les-legislatives-francaises-le-pcf-denonce-635659

(7) Pourquoi avoir choisi de soutenir le PEJ ?, http://www.crifrance.com/pourquoi-avoir-choisi-de-soutenir.html

(8)http://udmf.fr/

(9) Législatives : une candidate voilée victime d’un déchaînement de haine sur Twitter, https://oumma.com/suppleante-voilee-de-ludmf-legislatives-victime-dun-dechainement-de-haine-twitter/

(10) L’UDMF à la 34ème Rencontre Annuelle des Musulmans de France,https://www.facebook.com/UDMF.officiel/posts/1371687309541644