Naëm Bestandji est un militant laïque et féministe, il fut longtemps travailleur socio-culturel auprès des enfants et ados des quartiers populaires. Il a également participé au développement du mouvement « Ni Putes Ni Soumises » à ses débuts, dont il a créé et présidé le comité de l’Isère.
Historien de formation, il a travaillé sur les thèmes: « histoire des femmes », « histoire de la laïcité » et surtout sur « l’islam radical et les femmes ». Sa double culture (français d’origine tunisienne), son vécu personnel, son expérience professionnelle puis militante, sa formation en Histoire, ainsi que ses recherches et réflexions l’ont amené à agir aujourd’hui avec sa plume pour contribuer à informer et sensibiliser ses concitoyens sur les dangers de l’intégrisme religieux, et de l’islam politique en particulier.
Nous avons publié ici son enquête minutieuse et argumentée sur le CCIF, en cinq volets, ses références, ses méthodes et ses objectifs. Nous vous proposons aujourd’hui le fruit de son expertise sur l’irruption de l’Islamisme dans le paysage politique français, et en particulier lors des dernières élections législatives. Ce second volet a été publié initialement le 25 juin 2017, nous vous en souhaitons bonne lecture.

 

Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique, 3ème partie — Naëm Bestandji

 

Les élections législatives de 2017 ont vu l’émergence de candidatures islamistes. Après avoir abordé quelques candidatures individuelles et évoqué deux partis politiques (le PEJ et l’UDMF), un troisième parti islamiste rencontre un certain succès dans la sphère indigéno-islamiste : « Français ET Musulmans » (F&M).

F&M est né en mars 2016, suite à une scission avec l’UDMF. Il a présenté six candidatures : une en Val De Marne (le président du parti) et cinq en Seine Saint-Denis. Sa vitrine est, là aussi, son site internet (1) et les quelques déclarations officielles qu’il peut faire. Il emploie des formules vagues et passe-partout dont l’objectif est que chaque citoyen puisse s’y reconnaitre. Il reste également peu clair sur sa vision de l’islam, employant une expression qui semble anodine, « éthique musulmane ».

Voilà pour la vitrine. L’arrière-cour est tout autre. Le détail de son programme, ses partenariats, certains lieux de ses meetings et les propos tenus par les dirigeants sont là pour nous éclairer.

Le nom du parti tout d’abord donne déjà quelques indications. Les islamistes veulent créer et entretenir un sentiment d’appartenance à un peuple musulman, l’Oumma. Ils essaient alors par tous les moyens de transformer l’adhésion à une idéologie religieuse en race, la race musulmane. Le musulman (croyant d’une religion) devient le Musulman (membre d’un peuple), d’où la majuscule dans le nom du parti. Le « ET » également en lettre majuscule est là pour bien souligner que leur religiosité est au même niveau que leur citoyenneté. Les membres ne s’en cachent d’ailleurs pas. L’islam n’est pas seulement une religion pour eux. C’est leur identité. Une identité qui doit se manifester dans l’action de la vie de la cité. Autrement dit, la religion, qui dépasse le cadre spirituel pour devenir leur identité première, celle d’un peuple opprimé par un État raciste et « islamophobe », fait partie intégrante de leur action politique. C’est ce qu’on appelle l’intégrisme. Nous sommes bien loin d’autres musulmans comme Mohamed Talbi (historien, penseur et islamologue tunisien, décédé le 1er mai 2017). Pour ce professeur de l’université de Tunis reconnu comme un des plus grands penseurs musulmans de son temps, la religion n’est ni une identité, ni une culture, ni une nation. C’est une relation personnelle à Dieu, une voie vers lui. Une vision de l’islam totalement imperméable pour nos chers islamistes. Pour F&M, la laïcité se réduit à la liberté de religion. Tout le reste passe à la trappe, y compris la séparation du politique et du religieux. Indiquer « Musulmans » dans sa dénomination révèle ainsi les orientations de ses fondateurs et leur désir communautariste qu’ils nomment « vivre ensemble ».

Nous retrouvons bien-sûr avec ce parti toute la rhétorique victimaire et fantasmée des islamistes sur les militants laïques qui persécuteraient les musulmans et d’une islamophobie latente qui se réfugie derrière le droit à la critique des religions et la liberté de pensée pour véhiculer des représentations stigmatisantes à l’égard de l’Islam et des citoyens de confessions musulmane, comme indiqué sur son site officiel. Au-delà d’une énième remise en cause de la liberté d’expression, ces islamistes mélangent là encore volontairement l’extrême droite traditionnelle avec les militants laïques et féministes universalistes. Tout en mélangeant d’un autre côté les intégristes musulmans avec l’ensemble « des citoyens de confession musulmane ». Ce qui permet aussi de se dédouaner de leur responsabilité première dans les mauvaises représentations de l’islam puisque, à travers leur intégrisme, ils ont créé et entretiennent « les représentations stigmatisantes à l’égard de l’Islam ». Cette malhonnêteté intellectuelle, digne des plus grands populismes pour une meilleure victimisation, est un classique chez les intégristes. Je pourrais donc résumer le programme de « Français ET Musulmans » à un militantisme pour un meilleur respect de l’intégrisme au nom des valeurs humanistes (en quelque sorte : « Touche pas à mon intégrisme »).

Si les autres partis islamistes parlent constamment de “valeurs” musulmanes, F&M ne cesse d’employer une expression équivalente : « l’éthique musulmane ». Sur sa page officielle, à longueur d’interviews et de déclarations, « l’éthique » revient systématiquement. Une éthique qui n’existerait pas ailleurs puisque tous les partis politiques seraient corrompus et « islamophobes ». L’éthique musulmane apporterait enfin cette « réconciliation entre éthique et politique », comme expliqué sur son site. Cela rappelle le slogan du Front National « mains propres, tête haute » pour se différencier des autres partis en apportant une supposée éthique politique qui serait absente chez tous ses adversaires. Ce populisme typique de l’extrême droite ne permet pourtant pas de savoir ce que serait cette « éthique musulmane » puisque ce parti ne le détaille jamais. Il dit ici que son éthique a toujours été synonyme d’ouverture. Il dit là que ce parti politique [est] basé sur une éthique responsable axée sur des préoccupations humanistes et en parfaite adéquation avec les valeurs républicaines. Passons sur ces affirmations qui ne sont encore là que pour montrer une vitrine séduisante de ce parti islamiste. En quoi une éthique religieuse, en l’occurrence musulmane, serait meilleure que toutes les autres « éthiques » ? Quel bénéfice apporterait cette intrusion de la religion dans la politique, contraire à tous les principes laïques qui fondent notre République ? Elle apporterait une morale basée sur les principes de l’islam. Une interprétation de l’islam n’hésitant pas à investir le champ politique au nom de son éthique. Cette « éthique musulmane » a été théorisée par tous les grands penseurs musulmans depuis des siècles. Elle est aujourd’hui reprise par tous les intégristes pour l’imposer à l’ensemble des sociétés où ils vivent et qui ne s’en inspirent pas. Tariq Ramadan, entre autres, est intarissable sur le sujet. Pour les plus rigoristes, cette éthique doit réguler la totalité de la vie du musulman, du matin au soir et de sa naissance à sa mort. Pour que cela soit possible, il y a deux possibilités. La première est de vivre replié sur soi, coupé au maximum du reste de la société pour ne pas être contaminé par sa « dépravation » et tout le « haram » qui y circule. C’est en grande partie le choix des salafistes. La seconde est de s’investir dans l’associatif, l’éducation, le social et la politique pour imposer cette éthique à l’ensemble de la société, afin de permettre à chaque individu de cette société de « vivre (dans leur) ensemble ». C’est le choix des Frères musulmans.

Pour F&M, tout est ainsi vu à travers le prisme de la religion : l’éthique musulmane. Si certaines valeurs rejoignent les valeurs humanistes, d’autres en sont l’exact opposé. Par exemple, le respect de toutes les orientations sexuelles, la liberté de conscience ou de disposer de son corps, le droit à l’IVG et l’égalité des sexes sont absents de cette éthique, quoi qu’ils puissent en dire pour la vitrine. Rien de surprenant, ce n’est pas une particularité de l’islam mais une spécificité de toutes les religions.

Ainsi, tout ce qui se situe en dehors de « l’éthique musulmane » n’aurait pas d’éthique…

Enfin, de quelle éthique musulmane parle-t-on ? Celle des musulmans modérés qui considèrent que la religion est un rapport intime entre le fidèle et Dieu qui n’a rien à faire dans la sphère publique ? Qui interprète l’islam dans son esprit ? Ou bien l’éthique des islamistes qui interprètent l’islam à la lettre ? Qui considèrent que la sphère publique doit s’adapter à leur sphère privée, que tout est dans l’affichage, l’apparence et une vie où les seuls choix possibles sont entre halal et haram ? Comme tous les bons intégristes, F&M considère que la version de son « éthique musulmane » est la seule valable.

Alors, au-delà des discours marketing pour la vitrine, quelle est concrètement la mise en pratique de cette « éthique » dans l’arrière-cour ? Nous pouvons déjà en avoir un aperçu sur ce même site officiel. Ses propositions les plus importantes sont noyées au milieu des autres, pour mieux faire passer la pilule. Concernant la laïcité, « Français ET Musulmans » remet en cause une partie de la loi de séparation de 1905 et souhaite la « réactualiser » pour mieux la faire coller à sa radicalité. Son rêve de voir supprimer la loi de mars 2004 sur les signes religieux à l’école est bien présent. Il propose de « lancer une commission nationale sur les effets de la loi de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école » pour arriver à « l’abrogation de la loi de 2004 ». Encore une fois, l’école, lieu de formation des futurs citoyens, est un enjeu fondamental pour les intégristes. Les femmes et la régulation de la sexualité des hommes à travers le contrôle du corps féminin sont leur première obsession. Ils sont vraiment obsédés par le sexe. L’enseignement et l’éducation des futurs adultes sont un champ de bataille qui doit être conquis. Leur entrisme par la porte a été stoppé par la loi de 2004. Depuis, ils font tout ce qu’ils peuvent pour essayer d’entrer par la fenêtre et tout autre accès pour supprimer cet obstacle qu’est cette loi. En supprimant cet obstacle, ils pourront enfin passer par la porte.

Ainsi, au nom de son « éthique » religieuse, et dans la continuité de sa remise en cause de la loi de 1905, « Français ET Musulmans » souhaite un respect total de la pudeur devant les établissements scolaires. C’est la proposition numéro 10 de la partie « libertés publiques » de son programme.

Encore et toujours cette fameuse obsession de la « pudeur » islamiste qui devra être imposée à l’ensemble de la société… Quelle serait cette pudeur absente devant les établissements scolaires qui nécessiterait une intervention politique ? Car, comme dans toutes les sociétés, il existe déjà des lois sanctionnant les atteintes à la pudeur et qui concernent l’ensemble de l’espace public, pas uniquement les abords des établissements scolaires. De plus, le voile est seulement interdit dans l’école. Devant les établissements scolaires, une jeune fille de 13 ans peut faire le « libre choix de préserver sa pudeur », après avoir été « sensibilisée » par les intégristes, en cachant son corps honteux de la vue de ces animaux que seraient les hommes. C’est légal. Quels comportements seraient donc si impudiques aux yeux de ces intégristes musulmans ? Cette moralité concernerait les jupes un peu trop courtes pour les islamistes ? Les décolletés des jeunes filles ? L’affichage du flirt d’un couple d’adolescents amoureux par des enlacements et/ou des bisous sur la bouche ? Le simple fait de se tenir la main ? Quelle serait la distance physique suffisante entre un garçon et une fille pour respecter cette « pudeur » ? Cette « pudeur » si chère aux islamistes est une des matérialisations de « l’éthique » et du « vivre (dans notre) ensemble » de ce parti.
F&M n’a rien innové. Comme vu dans la partie précédente, les « 50 demandes des Frères musulmans » rédigées en 1936 ont tracé le chemin. L’une d’entre elles est de lutter contre toutes les sortes d’exhibitions et appeler fermement les femmes, particulièrement les enseignantes, les lycéennes et les étudiantes, les médecins, etc., à un comportement respectueux. Là encore, « l’exhibition » et le « comportement respectueux » n’ont pas la même définition que la nôtre. Youssef Al-Qaradhawi avait précisé ce qu’est censée être l’exhibition pour les Frères musulmans à propos des femmes : Nous entendons ici par exhibitionnisme la manie de se dévoiler et de se montrer à la vue des autres (2).

Cette proposition choquante et rétrograde du « respect total de la pudeur devant les établissements scolaires », qui rappelle le contrôle de l’Église sur les « bonnes mœurs » durant des siècles… jusqu’à l’installation de la laïcité qui s’imposa peu à peu…, n’a évidemment pas manqué de susciter des réactions sur les réseaux sociaux. Un parti avec une « éthique » maintiendrait malgré tout cette proposition par respect et honnêteté pour ses idées. Mais non, il ne l’a pas maintenue. Cela ressemble au populisme des Frères musulmans qui sont, ou furent, au pouvoir ailleurs. Ils lancent une idée pour voir comment le public réagit. En cas de réaction négative, ils la retirent. L’AKP en Turquie et Ennahda en Tunisie ont utilisé cette méthode pour des propositions rétrogrades basées sur le religieux puis retirées face aux réactions négatives. En attendant, F&M ne l’a pas totalement supprimée. Il l’a modifiée par ceci : l’interdiction de la violence, l’érotisme, la pornographie et autres visuels allant à l’encontre de la protection des enfants et des adolescents dans certaines publicités aux abords des établissements scolaires.

Pourquoi insister ? Pourquoi une telle proposition dans un programme politique où les sujets importants pour le pays ne manquent pas ? Y-aurait-il aujourd’hui des images violentes et pornographiques devant les établissements scolaires ? Existe-t-il des affiches publicitaires pour un sex-shop ou le prochain film de Marc Dorcel sur le trottoir en face d’une école primaire ? La pornographie visuelle est la mise en image de rapports sexuels non simulés et où les parties génitales sexuellement excitées sont visibles et explicites. A la télévision par exemple, ce type de programme est interdit aux moins de 18 ans et leurs diffusions sont très encadrées. Comme évidemment ce genre de visuels n’existe pas en pleine rue, et encore moins devant des établissements scolaires, F&M a donc sa propre définition de la pornographie. Là encore rien d’étonnant. Sa définition particulière rejoint celle des intégrismes de toutes les religions.
Certes, il n’est plus dans la proposition de départ de créer une sorte de police des mœurs à l’iranienne. Mais il reste dans son obsession typique des intégristes religieux. Ces propositions de F&M, plus ou moins assumées, peuvent donc surprendre, mais elles ne sont pas étonnantes.
Le voile, la « pudeur », les valeurs religieuses pour la régulation des moeurs… L’obsession sexuelle (dont les femmes seraient les tentatrices qu’il faudrait punir en les cachant) est bien au cœur du programme politique de ce parti, comme pour tous les autres s’inspirant de la même idéologie. Les intégristes ont religieusement sacralisé le voile et la « pudeur ». L’arme de « l’islamophobie » (équivalent du délit de blasphème), brandie à la moindre occasion et perpétuellement déroulée sur leurs sites officiels, est donc là pour tenter de contrer toute remise en cause de leur obsession charnelle.
Nous pouvons aussi y découvrir une proposition peu compréhensible pour les non initiés : « Rétablir la légalité du boycott ». Nous retrouvons ici l’autre obsession des islamistes : la Palestine. En effet, ce désir de boycott n’est pas motivé par la Chine ou tout autre pays ne respectant pas les Droits Humains. C’est la frustration de ne pas pouvoir boycotter Israël. Cette demande de légalisation du boycott, si elle peut être demandée par des militants politiques et associatifs pour différentes autres raisons (et aussi concerner Israël), elle est motivée par les intégristes musulmans uniquement pour Israël. Une obsession de la Palestine que nous retrouvons en bonne place dans la rubrique diplomatique de son programme.
La quasi-totalité de la page officielle de « Français ET Musulmans » est consacrée à « l’islamophobie », la place de l’islam, les musulmans éternellement victimes, etc. Les questions économiques, environnementales ou autres sont abordées à la marge.
Sortons de la vitrine pour nous rendre sur le terrain, dans l’arrière-cour. Jimmy Parat est élu municipal à Bagnolet, secrétaire général de F&M et candidat aux législatives 2017 en Seine-Saint-Denis. En novembre 2014, il exprima ce que sera « l’éthique » du futur parti en tenant des propos violents contre le droit à l’IVG qu’il considère comme un « acte barbare ». Des « opérations médicales » qu’il « assimile à un meurtre » et dont les maternités seraient des « accompagnements à la mort » (3). Un mois plus tard, de nombreuses militantes de l’association Femmes Solidaires vinrent manifester et exprimer leur indignation lors du conseil municipal. En mars 2015, le maire retira ses délégations à Jimmy Parat. Une action des féministes et une décision du maire qui ont mis en rage Youcef Brakni, un « militant des droits de l’homme » selon lui-même et un soutien aujourd’hui sans faille de F&M. Comme il n’hésite jamais à prendre la parole en plein conseil municipal, alors qu’il n’a jamais été élu, il le fit 2 ans plus tard pour exprimer son mécontentement face à un tel affront contre « l’éthique musulmane ». Sur un ton violent, il hurle que les islamophobes n’ont pas à dicter leur loi ici (au conseil municipal) ! Vous avez viré Jimmy Parat à une vitesse extraordinaire parce qu’il était musulman ! (4) Nouvelle démonstration que la lutte contre l’islamisme est perçue comme « islamophobe ». Peu importe le sujet et les déclarations choquantes de Jimmy Parat, pour Youcef Brakni tout se résume à « l’islamophobie ». Le « Touche pas à mon intégrisme » est encore brandi.
Jimmy Parat se montre tout aussi « mesuré » sur un autre sujet… La Palestine bien-sûr. Il déclara en septembre 2014 sur sa page Facebook que tout rentrera dans l’ordre quand ces sauterelles d’Israélien seront brûlé. Et ça arrivera fait confiance en Dieu l’unique comme les musulmans le font (sic). Il a par la suite démenti avoir écrit ceci sur sa page, invoquant le piratage de son compte.
En revanche, il assume parfaitement de qualifier une partie des musulmans de « collabeurs » ou « khobzistes ». Ce dernier terme est tiré du mot arabe « khobz » qui veut dire « pain ». Les « khobzistes » sont des musulmans qui auraient trahi leur « communauté » en adoptant les valeurs républicaines pour une miche de pain.

Encore des propos « islamophobes », selon la définition des islamistes, tenus par un pourfendeur de « l’islamophobie ». La haine en bandoulière au quotidien, F&M affiche officiellement sur son site défendre « la liberté de conscience et le respect de la dignité de la personne » et une République qui « se construit avec tous ses citoyens et dans le respect de leurs sensibilités » (sauf pour les « collabeurs », les « arabes de service », les « khobzistes », les femmes et jeunes filles « impudiques »). Le citoyen lambda comprend un désir républicain et universaliste. Les islamistes comprennent une acceptation de leur radicalité par la République au nom du « vivre ensemble ». Entre l’affichage officiel et les déclarations au quotidien, nous retrouvons là encore le décalage entre la vitrine et l’arrière-cour.
F&M ne compte aucune femme au sein de son bureau et une seule sur 15 membres du conseil d’administration. Quant aux élections, sur l’ensemble de leurs candidats, une seule fut tête de liste, Hanan Zahouani. F&M ne fait pas exception avec ses autres confrères islamistes : non-respect de la loi sur la parité aux élections tout en prétendant défendre les valeurs républicaines et l’égalité des sexes. Cela doit faire partie de son « éthique »…
Hanan Zahouani est une islamiste fraichement débarquée dans l’arène politique. Il lui arrive donc de tenir involontairement des propos plus sincères que ses confrères plus expérimentés, montrant ainsi les contradictions du parti. Elle dit se définir comme « citoyenne du monde », mais avec en réalité un centre de gravité bien ancré en Palestine selon ses publications sur les réseaux sociaux. Elle déclare : porter le voile est pour moi un choix personnel et je ne le vois pas comme un signe religieux. Pour une fois, je la rejoins. Le voile n’a rien de religieux. Il a été créé uniquement pour des raisons sexistes. Le religieux n’est qu’un prétexte pour le justifier. C’est certainement pour cela qu’elle poursuit son propos en rajoutant qu’elle le porte à la suite d’un cheminement spirituel (5). Pour elle, le voile ne serait donc pas religieux mais choisi suite à un cheminement spirituel… Elle se prétend moderne et émancipée tout en déclarant rêver de se baigner bâchée dans un burkini sur des plages réservées (sans quoi : pas de baignade).
Sur ses comptes Twitter et Facebook pour sa campagne électorale, elle estime que les critiques portées envers son voile sont une mythification négative faite autour des musulmans de France (6). Nous retrouvons ici encore la volonté de faire passer la lutte contre l’intégrisme pour une lutte contre l’ensemble des musulmans. En déclarant être le reflet de l’ensemble des musulmans, elle renforce la peur envers l’islam et favorise le Front National. Elle se défend pourtant de faire le jeu du FN. Elle est sincère. Toute embourbée dans son prisme religieux et victimaire, elle n’a pas conscience de ce qui se passe réellement dans la société. Comme tous les islamistes, elle entretient et développe l’attraction vers l’extrême droite traditionnelle tout en dénonçant la montée de l’extrême droite qui motiverait son investissement en politique. Plus ce cercle vicieux s’accélère, plus les islamistes s’enfoncent encore dans une position victimaire qu’ils ont créée.
A chaque interview, elle déclare pour la vitrine qu’elle veut apporter des solutions aux Français sur l’emploi, l’économie ou l’environnement. Mais la quasi-totalité de ses propos en interview et l’écrasante majorité de ses interventions sur les réseaux sociaux, y compris durant la période électorale, concernent l’islam, les musulmans, « l’islamophobie » ou la Palestine.
Ce communautarisme et cet intégrisme, intégrisme affiché jusque sur sa tête, ont suscité nombre de réactions légitimes. Parmi elles, Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue une musulmane laïque et républicaine, a conscience de la menace. Elle a lancé une pétition pour dénoncer l’ingérence toujours plus importante de l’islamisme dans la politique (7). Quelle a été la réaction de Hanan Zahouani ? Elle crie à la discrimination et accuse Henda Ayari de « propager l’islamophobie » bien-sûr…
Au-delà de la vitrine à montrer pour les citoyens, il y a le vrai visage de F&M face à ses militants. Que ce soit lors de ses meetings (parfois dans des mosquées) ou sur les pages Facebook de ses représentants. Les formules religieuses, et en arabe, sont légion. Certainement là encore leur vision du « vivre (dans notre) ensemble » et des valeurs françaises. Leur demander de laisser la religion de côté et, en tant que prétendants à représenter la Nation, de parler uniquement en français avec leurs concitoyens serait encore de « l’islamophobie ». On retrouve aussi l’obsession du conflit israélo-palestinien dans leurs meetings et leurs comptes sur les réseaux sociaux.
Il n’est donc pas surprenant que les candidats de F&M apprécient de tenir des meetings politiques dans des mosquées. Comme ce fut le cas le 25 février 2017 à Montreuil où le parti avait organisé un meeting politique avec pour représentant Jimmy Parat et le militant Youcef Brakni aux côtés de Noureddine Aoussat, un imam-prêcheur ultra conservateur. Là tout comme ailleurs, les islamistes ont déroulé tout le catalogue victimaire. Ils expriment sans complexe à leurs brebis leur désir de fracturation de la société pour devenir les représentants des « musulmans opprimés » tout en prônant le « vivre ensemble ».
Tous les islamistes investissant la politique, sans exception, déclarent que leur parti (ou candidature indépendante) n’est pas confessionnel et que leurs portes sont ouvertes à tous. Ils revendiquent tous « une laïcité telle que définie en 1905 ». Mais aucun ne la respecte et tous déclarent vouloir la modifier, voire l’amputer.
Pourtant, l’ensemble de ces candidats s’affichant comme vouloir être des élus du peuple, des représentants de la Nation, n’utilisent pas les codes sociaux basiques de leur pays. Lorsqu’ils sont face à leurs fidèles (car il s’agit de religieux qui font de la politique), ils s’adressent à des « frères » et des « sœurs », pas à des citoyens. Par exemple, en s’adressant à leurs coreligionnaires, ils disent « une sœur a été victime de discrimination ». Ce privilège est accordé à leur communauté supérieure. Le reste de la société ne fait pas partie de leur « famille ». Les non musulmans sont de simples citoyens, la catégorie en dessous. Cette appartenance communautaire se manifeste aussi par les usages quotidiens de politesse où ils utilisent des termes religieux et en langue arabe pour se distinguer du reste de la population. Par exemple, ils ne disent pas « bonjour » mais « salam oua’likoum ». Les références à Dieu sont aussi omniprésentes. Et les infractions à la loi de 1905, lorsqu’ils tiennent des meetings politiques dans des mosquées, sont régulières. Cela ne leur pose aucun problème. En résumé, ces candidatures sont la matérialisation du CCIF et de l’UOIF dans le processus électoral.
La plupart de ces candidatures était également plus préoccupée par ce qui se passe en Palestine que dans leur circonscription. Sur les différents réseaux sociaux où ils ont leur compte officiel, peu de publications ou tweets concernent leur territoire. En revanche, les tweets et publications sur la Palestine se comptent par dizaines. La proportion est la même dans leurs meetings.
Tout ceci est inquiétant car cela démontre la volonté d’un communautarisme religieux d’extrémistes qui souhaitent devenir des élus de la République.
Mais leur rêve ne se réalisera pas aujourd’hui. Samy Debah, l’ex président du CCIF, est le seul à s’être qualifié pour le 2ème tour, sans avoir réussi à être élu. Au 1er tour, le PEJ qui avait présenté le plus grand nombre de candidats a fait le plus mauvais score, environ 0,5%. La moyenne des 3 candidats de l’UDMF est de 0,98%. Mais l’un d’entre eux, celui qui avait Sandra Fourastié comme suppléante, a atteint 2,06%. C’est le score le plus élevé de tous les candidats islamistes après celui de Samy Debah. Le score de F&M est de 1,28% en moyenne. Quant à Feiza Ben Mohamed et David Bizet, leur score est respectivement de 1,04% et 0,6%.
Leurs scores sont très faibles et ne représentent que les suffrages exprimés. L’abstention a été énorme. Preuve que leur prétention à représenter et défendre l’ensemble des musulmans est très éloignée de la réalité. Mais l’enjeu n’est pas (encore) là. Depuis la présentation de leurs premiers candidats à des élections il y a quelques années, leur nombre est en constante augmentation à chaque élection. Ils n’ont jamais été aussi nombreux. Sans compter les islamistes qui font de l’entrisme dans certains partis traditionnels. Plus inquiétant encore, ce sont des fanatiques. Ils sont persuadés d’exprimer la volonté de Dieu. Ils sont donc ultra motivés et très patients. Ils savent qu’ils ne réussiront pas à court terme. Leur désir est de préparer le terrain pour les islamistes de la génération suivante, comme l’avaient fait l’UOIF, Youssef Al-Qaradhawi ou Tariq Ramadan pour la génération actuelle.
Il y a une convergence des luttes entre les différentes formes de l’islam version Frères musulmans. L’UOIF est la structure la plus ancienne qui a su créer et organiser tout un réseau associatif qui touche l’enseignement de l’arabe et de la religion, l’humanitaire (en rapport avec la Palestine, évidemment), le social, le milieu étudiant, l’éducation, le « féminisme islamique », les loisirs, etc. Son action la plus visible est le « Rassemblement Annuel des Musulmans de France » au Bourget, qui rassemble moins les simples musulmans que les intégristes. Il y a également de nombreux prédicateurs tels Tariq Ramadan ou Hassan Iquioussen pour les plus connus. Dans le domaine des médias et de l’information, Oumma.com et d’autres existent depuis plusieurs années. Tout ce petit monde est la création plus ou moins directe de l’UOIF, sauf Tariq Ramadan qui en est souvent le partenaire incontournable. Quant au CCIF, il est aujourd’hui idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans en France. Ajoutons à cette convergence le soutien d’une frange d’intellectuels et de partis politiques de gauche. Par leur complaisance, voire naïveté, ils ont une lourde responsabilité dans le développement et la consolidation de l’intégrisme musulman. Soutenir des français de confession musulmane qui mettent en avant leur citoyenneté plutôt que leur islamité (ceux que les islamistes appellent les « collabeurs », « traitres », « arabes de service » ou « khobzistes »), cela correspond moins à leur rêve de « lutte contre l’impérialisme occidental néocolonial ». Ce sont pourtant ces musulmans qui sont les principales victimes : victimes de discrimination de la part de leurs coreligionnaires intégristes, victimes de discrimination de la part d’une partie de la société à cause de la mauvaise image de l’islam renvoyée par ces mêmes intégristes, et victime de l’indifférence d’une partie de la gauche qui a préféré les abandonner au profit des intégristes.
Les candidats et partis politiques fréristes sont donc le fruit, la suite logique, de cette base solide faite de multiples convergences et construite pas à pas depuis plus de 30 ans.
A défaut de nous convaincre des bienfaits de leur idéologie, en argumentant sur les bienfaits de leur rigorisme et de leur vision rétrograde de la femme, les islamistes politiques cherchent à l’imposer en suscitant la crainte et brandissant la menace d’accusation « d’islamophobie » ou de racisme. Utiliser la culpabilisation pour imposer leur modèle de société, plutôt que d’argumenter sur les « bienfaits » concrets de leur idéologie qui évidemment convaincrait moins de monde, est une stratégie habile.
Ils ne sont pas toujours dans le calcul. Ils sont à mille lieues de comprendre les définitions des concepts républicains qu’ils instrumentalisent. C’est pour cela que, la plupart du temps, ils sont convaincus par ce qu’ils disent et d’avoir raison. C’est aussi ce qui les rend vraiment dangereux.
L’islamisme politique cherche donc à imposer son modèle de société, dont le cœur est le contrôle du corps des femmes, par tous les moyens que permet la démocratie : liberté d’expression et d’association, tribunaux, élections, etc. Nous pouvons les encadrer juridiquement et les dissoudre sous certaines conditions. Mais nous ne pouvons pas les interdire, justement parce que nous sommes en démocratie. Une démocratie dont on doit accepter le revers de la médaille. C’est pour ses principes que la vitrine politique de l’autre extrême droite, le Front National, et plus récemment Civitas, n’a jamais été interdite non plus. Nous pouvons lutter contre ce totalitarisme par une prise de conscience politique encore insuffisante (surtout dans cette frange de la gauche), par l’éducation, la modification de l’aménagement du territoire en cassant les ghettos, une politique économique plus attentive à ces territoires, un projet politique visant à insuffler à tous le sentiment d’appartenance à une même nation. Car la France ne fait pas rêver une partie de la population et trop de politiques parlent encore de « communauté musulmane française ». La religion devient alors un refuge identitaire sécurisant. C’est en faisant de la France un rêve, un idéal commun, que nous ferons reculer les identitaires religieux.
Nous ne ferons donc pas reculer le communautarisme en tentant d’interdire ses promoteurs. Nous le ferons reculer en promouvant l’humanisme et l’universalisme, seul chemin pour le véritable « vivre ensemble ».
(2) Qaradawi Youssef, Le licite et l’illicite en islam, Paris, Éditions Al Qalam, 1992, réed. 2005
(3) Retour sur l’affaire Jimmy Parat – Bagnolethttps://www.youtube.com/watch?v=_SbOMyKl5mM
(4) Censure au conseil municipal de Bagnolet (sic) : https://www.youtube.com/watch?v=RCaOfTYIOkU
(5) « Je n’impose rien aux gens » : une candidate voilée aux législatives explique sa démarchehttp://www.planet.fr/legislatives-je-nimpose-rien-aux-gens-une-candidate-voilee-aux-legislatives-explique-sa-demarche.1362345.657000.html
(7) Non, la France n’a pas besoin de femmes voilées pour représenter Marianne !, https://www.change.org/p/monsieur-macron-non-la-france-n-a-pas-besoin-de-femmes-voil%C3%A9es-pour-repr%C3%A9senter-marianne