Rapport 2017 du CCIF : tous islamophobes ?

Estéban Piard – Délégué général du MRC et membre de Viv(r)e la République – 10 février 2017

Le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) veut faire de l’ “Islamophobie” le cheval de Troie de la réintroduction du délit de blasphème. Pour cela il n’hésite pas, dans ses différents rapports, à entretenir une relation très libre avec la rigueur des chiffres, la déontologie et la vérité. Estéban Piard, démonte dans cet article très documenté les objectifs politiques que poursuivent les acteurs de cette mouvance et déconstruit la perversion d’un discours aussi manipulateur qu’habile, dont l’objectif est avant tout de mettre la France, l’Etat, notre contrat social et tout ce que nous sommes en accusation.

Le constat est sans appel : les actes antimusulmans ont fortement baissé en 2016, tant avec les chiffres du CCIF, qui a publié son rapport annuel, qu’avec ceux du CFCM, qui s’appuie sur les données du ministère de l’Intérieur.

Au-delà de ces chiffres encourageants, le rapport annuel du Collectif contre l’islamophobie en France donne l’occasion de décortiquer plus en avant son discours et son projet, politique à n’en pas douter.

Islam, islamophobe et liberté d’expression : « les » musulmans ?

D’abord sur la notion même d’islamophobie, définie par Marwan Mohammed comme « la construction d’une altérité musulmane essentialisée et infériorisée, dotée de caractéristiques figées »(1) sur laquelle sont construits des discours racistes. D’une définition qui se veut scientifique, on bascule rapidement dans un dogmatisme aveugle et, bien que M. Mohammed s’en défende en précisant que l’islamophobie « ne doit pas servir à interdire la critique de l’islam », la lecture du rapport annuel conforte nettement cette approche. Sur le site du CCIF, en bonne place sur la page de présentation, on lit que « le CCIF, malgré sa condamnation sur le fond des idées, n’a jamais porté plainte contre des journaux satiriques, qui se targuaient d’insulter la religion musulmane, notamment à travers son prophète. Cela est en parfaite cohérence avec la définition stricte de l’islamophobie que nous utilisons. »(2) La tension permanente entre morale et loi est pleinement exploitée : si la critique de l’islam, dans cette représentation de la société que le CCIF cultive, doit être combattue, quelles que soient ses formes d’expression, il n’en demeure pas moins que la loi ne saurait la condamner. Et le CCIF de faire pencher doucement, mais sûrement, vers une conception morale de la loi, par une insinuation discrète, mais continue.A posteriori, la formule a le mérite d’interroger : dessiner le prophète, le moquer, c’est forcément « se targuer d’insulter » toute la religion musulmane ; alors même qu’on est justement en droit d’attendre, dans le pays des Lumières, que des voix moquent, parodient et tournent en dérision une croyance religieuse, quelle qu’elle soit, au même titre qu’un discours politique, un dogme, une opinion. Nous sommes Charlie, nous sommes unis (pour reprendre le titre de la pétition signée par le CCIF après l’attentat de Nice), quand nous acceptons ce principe de la pensée libre, dans le cadre légal.

En rôdant cette rhétorique, il s’agit pour le CCIF de démontrer « les discriminations systémiques dont les citoyens de confession musulmane font l’objet ». Il est en effet fort approprié de parler de citoyens dans notre République, néanmoins, l’emploi de l’article défini « les » plutôt que de l’indéfini – des – montre toute la perversité du raisonnement : la conclusion à laquelle arrive systématiquement le CCIF est que tout musulman, en France, est discriminé. Plus encore, cela soulève une ambiguïté ontologique, à savoir qu’il existerait le sous-groupe uniforme des « citoyens de confession musulmane », alors même que l’idée de confession religieuse peut être source d’interprétations diverses. S’agit-il des pratiquants, de ceux appartenant à une culture religieuse, des ceux montrant leur foi ? De tout cela à la fois ? Oui, il existe des citoyens de confession musulmane, et la société n’a pas à avoir une opinion sur ce point précis, mais c’est un tort de vouloir en faire un groupe uniforme et une faute de considérer que quiconque appartiendrait à ce groupe serait une victime. On se rappelle des justes propos d’Elisabeth Badinter un an après l’attentat contre Charlie hebdo : « On ferme le bec de toute discussion sur l’islam en particulier ou d’autres religions avec la condamnation absolue que personne ne supporte : ‘Vous êtes raciste ou vous êtes islamophobe, taisez-vous !’ Et c’est cela que les gens ne supportent plus : la peur, pour des gens de bonne foi, qu’on puisse penser que vous êtes raciste ou anti-musulman fait que vous vous taisez. » (3)

Le fond de l’affaire est bien le problème du CCIF avec l’État : les institutions, le pouvoir politique, l’administration sont, en effet, systématiquement décrits comme des oppresseurs, eux qui contribuent à « l’émergence d’une islamophobie sécuritaire, affectant les musulman-e-s à travers une politique anti-terroriste mettant à mal l’État de droit »(4). Le CCIF, si prompt à appeler l’état de droit et la justice à la rescousse pour rappeler à l’ordre tous ceux qu’ils jugent défaillants, a omis de noter que d’une part la politique anti-terroriste (au-delà de la question de savoir si elle est utile ou nécessaire) n’a pas fait ces dernières années l’objet de censures constitutionnelles et que, d’autre part, elle ne saurait être réduite à la seule question des « musulman-e-s », dès lors qu’elle touche la nation tout entière. Si nul n’est censé ignorer la loi, il se trouve que chacun est l’égal de l’autre devant elle. Première étape de la victimisation, le renversement est habile. En dénonçant « l’islamophobie d’État », le CCIF, et d’autres, retournent contre les institutions ce qu’eux-mêmes refusent de voir appliqué à l’islam, c’est-à-dire une critique raisonnée d’une doctrine. Didier Leschi souligne dans Misère(s) de l’islam de France que le terme « islamophobie » « a surtout pour plus profond objectif d’islamiser les questions sociales »(5) en focalisant la critique sur la religion plutôt que sur l’origine supposée d’une personne, racisme condamné par la loi. Seconde étape du crépuscule des idoles islamiste, dont la perversité intellectuelle se cache entre les lignes. Qui stigmatise : la politique sécuritaire qu’on prétend à tort dirigée contre les seuls musulmans ou le CCIF qui pense que toute mesure anti-terroriste ne viserait que des musulmans, alors même que chacun sait que tous les musulmans ne sont pas terroristes et que tous les terroristes ne sont pas musulmans ?

Femme et féminin : figure et représentation

Naturellement, le rapport 2017 accorde une large place à la figure de la femme. Le CCIF, il faut constamment le rappeler, « préconise l’abrogation des lois de 2004 et 2010 comme anti-laïques (elles s’ingèrent dans la vie privée), anti-féministes (elles bafouent le libre choix des femmes), et islamophobes (seul l’Islam étant visé) »(6). On a du mal à comprendre comment ces deux lois encadrant (le terme est fondamental !), en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics et interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public « s’ingèrent » dans la vie privée dès lors qu’elles ont vocation à organiser la vie en communauté dans des espaces, justement, publics ; passons sur l’accusation d’islamophobie, qui constitue ici un beau cas d’école de la rhétorique du CCIF et de l’impasse du concept : les signes religieux ostentatoires à l’École ne visent pas seulement l’islam, dès lors que la loi interdit tous les signes religieux (on a du mal à comprendre comment l’interdiction d’un signe d’une seule religion pourrait être conforme à la constitution…).

Plus compliqué est l’argument du choix des femmes. À l’instar des débats sur le burkini pendant l’été, il faut d’abord convenir que la République ne saurait interdire tous les signes religieux qu’elle réprouve, c’est aussi le sens d’une laïcité sans adjectif, mais qu’on ne charge pas non plus d’excès ou de zèle. Elle a néanmoins le devoir d’assurer, dans la sphère publique, la liberté de culte, particulièrement dans les institutions républicaines et au premier rang desquelles se trouve l’École. Lorsque M. Mohammed dénonce « certaines discriminations, hier punies par le droit, devenues légales : le législateur étend régulièrement le devoir de neutralité religieuse à des espaces et pour des personnes qui n’étaient pas concernés par la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 », il oublie que le législateur ne légalise pas des discriminations, mais énonce des interdictions ou des encadrements et plus encore, si la laïcité s’appuie en effet sur la loi de 1905, elle exige de sans cesse s’adapter aux évolutions de la société, pour garantir l’article premier de la loi – la liberté de conscience et de culte -, mais aussi l’article qu’on a malheureusement trop tendance à oublier, article deux : « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » Ces principes posés, il est en effet indispensable de ne pas figer la laïcité dans la seule loi de 1905, mais bien de la penser comme un modèle de société, le nôtre, que les citoyens ont en commun et auquel ils font allégeance, qui nécessite donc une capacité d’analyse et de réponses permanente.

Dès lors, quelle est la part de choix et la part de subi pour une jeune fille d’une quinzaine d’années portant le voile ? Nonobstant même cette question du libre arbitre, on est en droit de demander aux usagers mineurs de l’École de la République, ceux qui sont là pour recevoir un savoir, de laisser les dogmes et les croyances dans la société et ne pas les importer sur les bancs des classes. La République a aussi le devoir fondamental de déconstruire les habitus, particulièrement celui qui considère que le corps, le visage, les cheveux d’une femme sont impurs. Parmi les contributeurs au rapport du CCIF, l’article de Carmen Teeple Hopkins a le mérite de soulever, ironie de la contribution, l’ambiguïté de ce signe religieux. Qualifié d’abord de « morceau de tissu », donc banal et sans réel portée, comme on mettrait un fichu les jours de pluie, qu’une employée se met à porter après quelques années dans une entreprise et dont elle ne « pouvait pas croire qu’il puisse avoir autant d’impact dans les traitements envers elle », le voile devient deux paragraphe plus loin « le signe visible de la piété islamique »(7) et dévoile le sens que le CCIF lui donne. Et là se situe la faille sur laquelle la loi est bien obligée d’avancer. Avec le risque que la liberté de porter le voile, par exemple, devienne revendication. Et les plus radicales de tomber dans des propos niant le combat féministe, alors même qu’il est le premier argument convoqué pour justifier ces « morceaux de tissu », comme Houria Bouteldja, dans son livre Les Blancs, les Juifs et nous (sic), qui écrit : « mon corps ne m’appartient pas. Aucun magistère moral ne me fera endosser un mot d’ordre conclu par et pour des féministes blanches (…) J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam »(8) (on notera l’ordre).

Furor et labor de l’islam d’entreprise

Ce même article de Carmen Teeple Hopkins entretient l’idée de l’État islamophobe par le prisme du rejet de la femme. Analysant le fait que les prêtres ne peuvent devenir enseignant dans le public au regard de la neutralité que ce dernier impose, on lit que « depuis le début des années 2000, il y a eu des affaires judiciaires qui interdisent aux femmes musulmanes de porter le voile dans le secteur public comme indiqué par le principe de neutralité. Les formulations initiales de la laïcité n’étaient pas un prétexte pour exclure les femmes musulmanes alors que le manifeste contemporain de ces lois a un impact négatif sur les femmes musulmanes voilées qui connaissent déjà des taux de chômage plus élevés que les autres populations d’immigrants de première et de deuxième génération ». Mais c’est bien la conclusion qui est la plus édifiante : « Les répercussions actuelles de la République française laïque empêchent les femmes musulmanes voilées d’accéder à un emploi fiable et permanent dans le secteur public »(9). Toute la pensée du CCIF résumée dans cette sentence : c’est la faute de l’État si les femmes ne peuvent travailler dans le public, plus encore, c’est la faute de l’État qui est laïque et qui a dévoyé la laïcité. Il est évidemment plus facile d’accuser l’État – sorte de système qu’on montre du doigt car il oppresse – que de se demander si le voile islamique est plus important, dans la représentation du monde que cultivent les femmes qui le portent, qu’un emploi. Et si, finalement, la religion l’emporte sur le travail ; la foi en Dieu sur l’intégration dans la société ; la croyance religieuse sur la neutralité du service public qui permet la communauté des citoyens.

En réalité, il est impératif de poser la question du fait religieux dans l’entreprise, non pas pour le condamner a priori, mais parce que le monde du travail a eu tendance à être sorti du champ laïque. L’étude conduite chaque année par l’Observatoire du fait religieux en entreprise(10) montre la croissance exponentielle des manifestations du fait religieux : en 2016, 65 % des répondants observent soit régulièrement, soit occasionnellement des faits religieux, quand ils n’étaient que 50 % en 2015. Si les demandes que l’on peut considérer comme extrémistes, telles que les prières collectives, les demandes de travailler avec des coreligionnaires ou l’intervention d’un responsable religieux restent minoritaires, il n’en demeure pas moins qu’elles sont citées par des managers. Il y a là un double mouvement fondamental. D’un côté une augmentation du fait religieux en hausse en partie parce que l’implication personnelle du salariéest de plus en plus importante, mais aussi parce que la banalisation des questions religieuses conduit à une demande plus facilement exprimable (pour des congés, des absences, etc). On assiste d’autre part à une forme de revendication qui prend deux formes : un nette augmentation du port de signes religieux, passant de 10 % en 2014 à 21 % des faits religieux observés en 2016, banalisation dans le labor de la vie privée du salarié et une minorité active tentée par un furor politique(11) qui se manifeste par des prières pendant le temps de travail (5 %), le refus de travailler avec une femme (4 %) ou un collègue (3 %) qui, s’il est pour le moment encore minoritaire, n’en reste pas moins préoccupant, comme un essaimage de tentatives de percer le bouclier laïque que la pratique a plus ou moins installé dans l’entreprise. Moins étonnantes sont les raisons qui conduisent à une situation de blocage dans l’entreprise face au fait religieux : 81 % des répondants citent une menace d’accusation de discrimination religieuse ou raciale, qui correspond exactement à la prose du CCIF visant à culpabiliser et à renvoyer dans l’interdit tout questionnement sur la religion.

C’est dans cette perspective qu’il faut lire la charge du rapport du CCIF contre l’article L1321-2-1 du code du travail introduit par la Loi Travail qui dispose que « le règlement intérieur peut contenir des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés », labor indispensable de mise en forme du principe de laïcité, dans le cadre de la construction du règlement intérieur. Il s’agit en effet pour les républicains éclairés de se doter dès maintenant d’outils législatifs solides qui permettront de parer rapidement et efficacement toute tentative de furor identitaire et extrémiste dans l’entreprise. Contrairement à ce que prétend l’Observatoire de la laïcité, il ne s’agit pas ici d’un « risque d’interdits absolus et sans justification objective à l’encontre des salariés »(12), mais bien d’une sécurisation a priori du monde du travail pour se prémunir des dérives, d’autant qu’aucune obligation, ni même incitation, n’est édictée, mais une possibilité ouverte, permettant d’apporter un cadre légal solide. La Cour de cassation avait d’ailleurs donné raison en 2014 à la crèche Baby Loup qui avait licencié une employée refusant de retirer son voile islamique pour travailler. Car il est indispensable de le dire clairement : tout signe religieux n’est pas seulement signe de croyance – volontaire ou non -, il porte intrinsèquement une vision du monde, de la place de la femme, de l’ordre social que la République ne peut considérer dès lors que se manifeste une once de digression avec nos principes.

La partition, petite musique de la division

En niant toute transcendance par la nation, que ce soit par le défini « les » qui englobe l’ensemble des citoyens de confession musulmane ou par la suprématie de la manifestation de l’appartenance religieuse, « bout de tissu », mais pas que, mais en même temps si, ou par la défense de la revendication religieuse au boulot, le résultat est irrémédiablement une partition en tranches, aux contours que l’on perçoit nettement, mais qui dépassent la compréhension dont peut faire preuve le républicain sincère. On tombe alors dans une représentation du monde où parce que des citoyens de confession musulmane sont tués à Nice le 14 juillet, « un tel tribu rendait également difficile la mise en cause des communautés musulmanes locales, qui étaient tout aussi affectées par le terrorisme que le reste de la communauté nationale »(13). Rappelons, inlassablement, qu’il n’existe pas de « reste de la communauté nationale », mais bien une patrie touchée par le terrorisme islamiste qui, non, n’est pas l’islam et ne saurait faire confondre des croyants avec des tueurs ; et qu’un citoyen touché, c’est une peine pour tous les autres, par delà les particularités.

Si tant est qu’il faille le rappeler, il n’y a pas que le CCIF qui joue avec l’idée de venir en aide aux opprimés en cachant une volonté de conquête politique. Deux ennemis sont l’objet d’un feu ininterrompu pour tenter de les faire tomber : l’État républicain, qui garantit l’ordre autant que la liberté et la laïcité française, qui permet l’émancipation autant que la pratique religieuse.

De la défense des libertés au combat politique

Dans un entretien au magazine en ligne Vice(14), Sihame Assbague et Fania Noël sont revenues sur l’organisation du camp d’été décolonial à l’été 2016. Ainsi que le précise le journaliste, elles « ont juste eu le malheur » d’interdire à une partie de nos concitoyens l’accès à leur raout mélangeant victimisation, stigmatisation et revendication identitaire. Il n’y a plus, dans cette conception, de lutte des classes et donc de lutte contre une oppression par l’argent ou par l’asservissement dû au capital. Pour elles, la lutte s’est muée en combat des « racisés » contre les « non-racisés » qui, évidemment, sont les méchants. On y apprend que la « blanchité » (sic) est forcément un privilège et, par conséquent, l’inverse un poids à porter au quotidien. Mais qui, exceptée l’extrême-droite la plus rance, pense sérieusement que « le blanc » est supérieur aux autres aujourd’hui ? C’est justement parce que la République ne reconnaît que des citoyens – terme et notion étonnamment absents de leurs propos – qu’elle s’extraie de ces considérations racialistes. Ce discours essentialiste enferme, sous couvert de défendre ses droits, le soit-disant « racisé » dans sa différence fantasmée.

Face à l’exigence de différence portée par les identitaires, nous devons « reconnaître en l’autre, ce compatriote politique, égal en droits et en devoirs, dont la Nation nous rend responsable » ainsi que l’explique Fatiha Boudjahlat, « l’empathie ne repose pas alors sur la ressemblance physique, épidermique, patronymique : c’est l’identification à des valeurs, à un patrimoine politique commun. Elle est politique et s’oppose aux métastases de l’identité, à savoir l’obsession ethnique et biologique »(15). Il est en effet du devoir des républicains sincères de remettre au centre du débat la notion fondamentale de fierté : de son pays, de la République, de son Histoire et de la laïcité. En étant fiers, nous sommes capables d’embrasser avec générosité le plus grand nombre, de dépasser le seul « je » pour penser le commun.

Pour la gauche particulièrement, l’enjeu n’est pas de tomber dans la revanche à prendre sur le terrain qu’elle a perdu, voire abandonné sciemment, mais de ramener dans le giron de la fierté républicaine chaque citoyen, exaltation qui ne saurait se nourrir de haine, mais bien de la communauté nationale. Cela passe à court terme par un combat pied à pied contre les tentatives de division – procès systématiques en islamophobie, camp d’été décolonial, lestes lâchés au quotidien sur le principe de laïcité -, avant de repenser, en faisant table rase du logiciel politique de ces vingt dernières années, ce que la gauche doit apporter à l’idée de patrie. Au fond, il s’agit de (re)bâtir une gauche qui soit fière de la France.

 

 

(1) « En France, la lutte contre l’islamophobie souffre d’un manque de légitimité », entretien avec Marwan Mohammed, lemonde.fr, 15 décembre 2016.
(2) « Le CCIF, c’est quoi ? », islamophobie.net.
(3) Elisabeth Badinter est l’invitée de la matinale de France Inter, le 6 janvier 2016, franceinter.fr.
(4) Rapport CCIF 2017, p. 3.
(5) Didier Leschi, Misère(s) de l’islam de France, éditions du Cerf, 2017, p. 75.
(6) Laurence Marchand-Taillade et Mohamed Sifaoui, « Jean-Louis Bianco doit démissionner de l’Observatoire national de la laïcité », Marianne.net, 12 janvier 2016, édit du 3 mars 2016, rapportant les propos de Samy Debah, président de l’ADDH-CCIF.
(7) Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l’amour révolutionnaire, rapporté par « Le piège de la ‘lutte contre l’islamophobie’ », Lutte des classes, n° 181, février 2017.
(8) Carmen Teeple Hopkins, « L’islamophobie au travail : le cas des femmes musulmanes portant un foulard », Rapport CCIF 2017, p. 58.
(9) Ibid., p. 53-54.
(10) Institut Randstadt, Observatoire du fait religieux en entreprise, L’entreprise, le travail, la religion, étude 2016.
(11) On relira Virgile, Les Géorgiques où Orphée, en faisait preuve de folie, furor, d’abord anéantit l’effort, labor, que nécessitait la quête d’Eurydice et, ensuite, la fait à nouveau sombrer dans la vaste nuit (circumadata nocte). Tout l’enjeu étant que le furor reste en littérature et n’investisse pas le champ politique.
(12) Observatoire de la laïcité et Commission nationale consultative des droits de l’Homme, « Projet de loi de modernisation du droit du travail Une disposition remet en cause le principe de laïcité », communiqué de presse du 19 juillet 2016.
(13) Rapport CCIF 2017, p. 13.
(14) Jean-Bernard Gervais, « Les organisatrices du camp d’été décolonial », 19 décembre 2016, Vice.fr.
(15) Fatiha Boudjahlat, « L’identité républicaine, la plus universelle des singularités », parolesdactu.canalblog.com, 4 janvier 2017.