Laïcité = Citoyenneté!

Par Anne-Laure Néron, Consultante en communication indépendante et membre de Viv(r)e la République – 28 février 2017

Si elle est formalisée par la loi du 9 décembre 1905, la laïcité vient de beaucoup plus loin. Elle est le fruit de, la dérision de Rabelais, la révolte de Voltaire, la fin brutale du pouvoir absolu de droit divin, le Grand Sanhédrin de 1806; entre autres étapes de la réflexion sur les conflits de loyauté entre foi et Droit.
Plus que tout, la laïcité matérialise le choix du mouvement, de la vie d’une société humaine, contre l’immuable du rituel sacré.
La laïcité, c’est considérer que les lois humaines sont faites pour les humains, par les humains.
La laïcité, c’est admettre que la transcendance, les sentiments et les goûts, la sexualité et les relations humaines, sont intimes, libres et changeants. Pour cette raison, ils sont affranchis d’un contrôle social autoritaire.
La laïcité, c’est considérer que l’égalité entre les humains n’est ni négociable ni conditionnelle.
La laïcité, c’est rappeler que les droits civiques ne sont pas soumis à l’autorité des clercs religieux.
La laïcité, c’est admettre qu’on ne peut confier à une entité non humaine (ou à ses représentants) le pouvoir de régir le destin d’une société humaine.
La laïcité, c’est unir les citoyens autour de leur plus grand commun.

Actuellement, la laïcité est attaquée sur tous les terrains, par des adversaires qui fantasment l’idée d’une société dans laquelle le droit commun serait une addition de droits particuliers.
Sur le terrain de l’Enseignement, certains politico-religieux tentent d’accréditer l’idée de “racines chrétiennes” de la France. Sans doute n’ont-ils jamais vu de vestige romain ou n’ont-ils jamais entendu parler de Vercingétorix, sans parler de la grotte Chauvet… Les “ABCD de l’égalité” ont été abandonnés sous la pression d’activistes religieux fondamentalistes. L’enseignement de l’histoire de la Shoah est régulièrement perturbé par des négationnistes abrités derrière un Coran littéral. La théorie de l’évolution est remise en question par tous les intégristes religieux, au point que son enseignement est presque impossible pour certains profs.
Sur le terrain juridique, on assiste à des tentatives de réinstauration du délit de blasphème, notamment par l’entremise du concept “d’islamophobie”. L’instrumentalisation des tribunaux aux fins de criminalisation de la critique légale de l’Islam fait craindre qu’un premier jugement inconsidéré génère la jurisprudence tant attendue par ces adversaires de la laïcité.
Quant à l’égalité des droits pour tous, y compris les homosexuel-les, elle est attaquée par tous les intégristes sous des motifs divers et, là aussi, la crainte est grande qu’un jugement ne serve leur cause.
Á l’affût, les tenants du multiculturalisme, ou de la théocratie, ne désarment pas et unissent leurs forces pour saigner à blanc la laïcité. Il sera bien temps pour eux de se déchirer ensuite pour déterminer qui sera le vainqueur. Car le bénéfice ultime de la laïcité est bien la Paix résultant d’une cohabitation entre individus autonomes, dont l’allégeance religieuse ou l’athéisme ne constitue pas un facteur discriminant dans l’accès à la citoyenneté.