Dans cette série, nos adhérents vous font partager des récits de vie, des ressentis, le cheminement qui les a conduits à s’engager dans un mouvement citoyen pour que les idée républicaines restent vives et à vivre.

Un premier témoignage: Celui de Zohra. Nous la remercions pour la sincérité et la force de ses paroles.

Zohra, Française, croyante et républicaine

Je suis née en 1957 en Kabylie. Je ne sais ni quel jour ni quel mois, c’était le début de la guerre d’Algérie. On m’a attribué une date de naissance à l’âge de 20 ans.

Je suis la dernière d’une famille nombreuse. Mon père est décédé un an après ma naissance. J’ai vécu en Kabylie jusqu’à l’âge de 4-5 ans, puis nous avons passé un an à Alger mais je ne garde aucun souvenir de cette période.

Je suis arrivée en France au début des années 60, à l’âge de six ans. J’ai toujours eu la nationalité française.

J’ai grandi en Champagne, dans la région de Vitry-le-François. Nous étions trois familles venues d’Algérie, les Champenois nous ont bien accueillis et beaucoup aidés.

Ma famille faisait le Ramadan, on m’encourageait à le faire mais on ne m’y obligeait pas. Parfois je le faisais et parfois non. J’étais et je suis toujours croyante mais non pratiquante. Ma mère portait toujours un foulard coloré, par habitude selon elle.

Quand on grandit dans deux cultures aussi différentes, on est souvent assis sur des principes contradictoires. A l’adolescence, j’ai été déstabilisée mais j’ai accepté de remettre en cause ce que j’avais intériorisé de ma culture familiale. C’est un choix, un difficile travail sur soi. Je parvenais malgré tout à assumer ma double culture et ma différence. J’ai subi très peu de racisme dans mon enfance. Dans ma famille et mon entourage, je le voyais à l’oeuvre contre les Français non musulmans. Le racisme n’est pas un phénomène à sens unique.

A l’âge adulte, j’ai rencontré un garçon non musulman. Ma famille, surtout mon frère aîné qui s’était substitué à mon père, ne l’a pas accepté. En épousant un non musulman j’ai brisé un tabou, commis une transgression. Une bonne partie de ma famille m’a rejetée. Cela a été un choc pour moi. Pendant plus de 20 ans, je n’ai pas revu la maison où j’avais grandi en Champagne.

Sur la question du mariage, l’intolérance de mon frère m’avait choquée. Je découvrais son manque d’ouverture d’esprit. Pendant longtemps j’avais eu beaucoup de respect pour lui et je n’avais pas soupçonné un tel dogmatisme. Malheureusement, son attitude est encore assez répandue parmi les Français musulmans que je connais.

C’est à l’école de la République que j’ai appris que j’avais le droit de débattre de tout, y compris de la religion. Par exemple, critiquer certaines idées contenues dans l’Islam est un droit. Cela ne peut pas s’appeler « islamophobie » L’école m’a ouvert l’esprit et beaucoup de tabous ont sauté. Elle a développé mon goût de la liberté associée au sens des responsabilités.

Pour finir, j’aimerais évoquer le souvenir de ma mère. Analphabète, elle rêvait d’apprendre à lire et à écrire. Elle m’avait dit : « En Kabylie, nous ne savions rien, nous n’apprenions rien, nous vivions comme des animaux » . Un constat qui ne s’oublie pas.

Propos recueillis par Danièle Laufer.